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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 23:31

Au moment où certains traquent la servitude volontaire partout où elle se développe : au travail, en politique comme à la maison, il n’est peut être pas inutile de rappeler que de grands ancêtres les ont précédés dans ce domaine, en prenant leurs exemples, non seulement  dans l’Antiquité, mais aussi, tout simplement, dans la nature, autre sujet actuel, devenu crucial dans nos sociétés en crises.


L’un d’eux n’est autre que le Sarladais Etienne de La Boëtie, nommé conseiller du roi de France en son parlement de Bordeaux en 1553, superficiellement connu pour son amitié incomparable avec Michel de Montaigne, mais, surtout, auteur d’un explosif « Discours de la servitude volontaire » (1), d’une actualité extraordinaire, tenu dans la semi clandestinité pendant plus de 450 ans et, probablement, premier manifeste  véritablement écologiste.


Redécouvrir les idées des grands humanistes du XVI° siècle n’a pas fini de nous étonner, si l’on veut bien admettre que les graines qu’ils ont semées n’ont pas encore toutes fini de germer aujourd’hui !

 

La Boëtie explique dans son Discours que les exemples de la nature ne doivent pas être quittés des yeux sous peine de tout pervertir et de placer le plus grand nombre sous la tyrannie de quelques uns voire d’un seul. Pour lui, les bêtes nous crient de respecter la nature si nous voulons garder notre liberté : « Plusieurs d’entre elles meurent sitôt qu’elles sont prisonnières et se laissent mourir pour ne point survivre à leur liberté naturelle. D’autres, lorsqu’on les prend, font une si grande résistance des ongles, des cornes, des pieds et du bec qu’elles démontrent assez, par là, quel prix elles attachent au bien qu’on leur ravit.. »


Il faut se replonger dans le monde de cruauté qui entoure La Boëtie quand il note que : « Les bœufs gémissent sous le joug et les oiseaux meurent en cage.. ». Rien dans son environnement ne peut expliquer la vision qu’il a de la servitude animale si ce n’est sa volonté formidable de nous dire que si l’homme « né pour être libre » n’est pas capable de réclamer sa liberté avec au moins autant de force que les bêtes, c’est qu’il s’est dénaturé !


Son Discours multiplie les paraboles explicites telles que celle de l’éléphant : « Que signifie l’action de l’éléphant qui, s’étant défendu jusqu’à la dernière extrémité, sur le point d’être pris, heurte ses défenses et les casse contre l’arbre, sinon, qu’inspiré par le grand désir d’être libre, il conçoit l’idée de marchander avec les chasseurs, de voir si, pour le prix des défenses, il pourrait se délivrer, et si, son ivoire laissé pour rançon, rachètera sa liberté ».

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 Avec la parabole du cheval, La Boëtie nous fait comprendre le processus qui conduit à la servitude volontaire : « C’est ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d’abord mordent leur frein et puis après s’en jouent ; qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent d’eux-mêmes sous le brillant harnais et, tout fiers, se rengorgent et se pavanent sous l’armure qui les couvre. Ils disent qu’ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont ainsi vécu. Ils pensent qu’il sont tenus d’endurer le mors, se persuadent par des exemples et consolident eux-mêmes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent ».


 Il enfonce le clou en prenant aussi les plantes pour exemple : « Les semences de bien ne se conservent pas mieux, s’abâtardissent aussi facilement et même dégénèrent comme il arrivent à ces arbres qui, ayant tous leur espèce propre, la conservent tant qu’on les laisse venir tout naturellement mais qui la perdent pour porter des fruits tout à fait différents dés qu’on les a greffés… Les herbes ont aussi chacune leur propriété, leur naturel, leur singularité mais cependant la main du jardinier détériore leur qualité.. »


 Il nous parle du respect de la nature et de ses composantes essentielles. N’est-ce pas là des sujets qui sont devenus d’actualité et qui, à terme, conditionnent notre vie sur cette planète ?


 Et comment pourrions-nous vouloir sauvegarder la qualité de l’air, de la terre, de l’eau et de la biodiversité sans sauvegarder, comme nous y engage La Boëtie, la qualité de l’homme lui-même ? A quoi servirait d’améliorer notre cadre de vie et notre environnement sans chercher aussi à développer des relations harmonieuses entre les hommes au lieu de voir se développer les mauvaises semences du sectarisme, du dogmatisme, de l’esprit de caste et de la violence qui portent atteinte à notre liberté naturelle ?

 

 Note : (1) Les extraits sont tirés du livre « La Boëtie et son Discours »  Ed. Périgord Culture, 9 rue Montaigne 24200 SARLAT

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