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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 19:16

  

Partie 1 :

 

Afin d’effectuer le plus discrètement possible le suivi d’un clan de Blaireaux Meles meles dans le piémont du département des Pyrénées-Atlantiques, j’installe en octobre 2011 un piège photographique équipé de leds noires (invisibles) sur un site situé en lisière de forêt. Mon but est d'enregistrer des images comportementales à des fins pédagogiques.

 

Les premières images sont encourageantes, les blaireaux n’étant pas avares de jeux, vocalises, et autres comportements riches et variés. C’est donc avec un grand plaisir que je relève régulièrement la carte mémoire de la caméra (une fois tous les 10 jours) et non sans une vive reconnaissance envers la famille Meles, qui m’enchante chaque fois davantage.

 

Tout va pour le mieux et j’imagine le printemps à venir que j’espère enrichi de la présence de jeunes blaireautins. En attendant, renard, chevreuil et martre assurent les seconds rôles. Oui, tout va pour le mieux en cet hiver 2011. 

 

Or, c’était sans compter sur la bêtise humaine. Entre le 18 et le 26 mars 2012 le piège photographique m’a été volé, mais surtout le terrier a été endommagé. La description des dommages ne laisse aucun doute sur le caractère volontaire de l’exaction : câble sectionné dont la trace de la lame est nettement visibles sur le tronc de l’arbre supportant la caméra, marques de terrassement à l’aide d’une pelle, et surtout la présence de déchets organiques et d’une dépouille de bovin (race Holstein) mélangées à la terre rapportée pour obstruer les gueules d’accès au terrier. Enfin, la dépouille est dépourvue de boucles d’identification et je me demande s’il ne s’agit pas en l’occurrence d’un abatage illégal.

 

Ecœuré et ne comptant pas rester sans réagir je porte plainte auprès du Procureur de la République de PAU ;  je fais constater l’exaction par l’office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui transmet son rapport au parquet ; j’informe le maire de la commune du comportement incivique de l’un de ses administrés ; j’alerte des associations de protection de la nature et dénonce auprès de la direction départementale de la protection des populations (DDPP) le possible empoisonnement de cette viande et le risque que cela pourrait faire encourir à la faune sauvage. J’attire également son attention sur l’absence de boucles d’identification aux oreilles du bovin.

 

En effet, outre les dommages provoqués aux blaireaux, cet acte de destruction d’un terrier peut porter atteinte à des espèces protégées tel le chat forestier ou les chiroptères qui utilisent également les gites de blaireaux. J’ajoute à l’attention des destinataires de ma plainte, qu’à la date des faits nous sommes dans une période sensible de mise bas et d’allaitement chez l'espèce Meles meles et que selon l'article L 424-10 du code de l'environnement «  il est interdit de détruire les portées de mammifères dont la chasse est autorisée ». Le comblement des accès au terrier peut porter atteinte à la survie de jeunes blaireaux.


          De plus, un arrêté préfectoral paru récemment pour lutter contre la propagation de la tuberculose bovine, autorise la destruction de blaireaux. Il me semble donc évident que la justice comme les services vétérinaires vont diligenter une enquête afin de connaitre le propriétaire des restes du bovins, car nous sommes assurément devant un risque de contamination si par cas l’animal domestique était infecté.   

      Peau-de-vache-qui-encombrait-l-acces-au-terrier.JPG

 

 

Partie 2 :

 

Au bout du compte, ma plainte pour dégradation fut classée sans suite par le parquetier. Probablement que la justice à considéré cette dégradation de terrier comme non répréhensible car le blaireau n’est pas une espèce protégée.

Toutefois, vu que le déterrage n’est autorisé qu’à compter du 15 mai et dans des conditions bien précises, comment se fait-il que le comblement, voire le terrassement (car il y a bien eu des actes de pelletage de terre) d’un terrier ne soit pas condamnable ? Il y a là un paradoxe qu’il faudrait dénoncer.

Je pose la question : Comment peut-on endommager volontairement et même détruire impunément un terrier à tout moment de l’année quand le déterrage n’est autorisé qu’à compter du 15 mai et selon certaines règles ?

 

Concernant le maire de la commune, il n’a jamais daigné répondre à ma lettre courtoise et accompagnée d’un livret d’information intitulée « le blaireau et l’homme, pour une cohabitation pacifique » ; les associations de protections de la nature, elles, ne se sont pas saisi du problème et au mieux m’ont fait part de leur compassion ; quant à la DDPP, dont j’attendais qu’elle fasse son travail vis-à-vis du bovin non identifiable, elle n’a pas bougée, probablement ne pouvait-elle agir sans une demande émanant du parquet.

 

Quant à la personne soupçonnée être l’auteur du méfait, elle fut entendu comme moi par la gendarmerie, l’homme (un chasseur) reconnu m’avoir observé plaçant la caméra mais nia bien entendu tout lien avec l’exaction. Il ajouta quand même que l’affaire fit grand bruit sur sa commune.

 

Ce comportement “territorial et violent” destiné à m’indiquer que j’étais “personna non grata” est tout simplement inadmissible, il participe malheureusement allègrement et volontairement à la dégradation des relations entre les utilisateurs de la nature. Il nuit également gravement aux blaireaux, particulièrement en cette période, j’insiste la dessus, supposée des naissances et allaitements des blaireautins.

 

Le 15 décembre 2012 le terrier est réoccupé, mais seule deux entrées sont utilisées. Un crane de blaireautin âgé de 5 à 6 semaines est trouvé à proximité. Le jeune a-t-il été victime du comblement des gueules en mars ? On peut effectivement craindre, que sous l’action violente d’un « crétin médiéval » (pour reprendre l’expression du naturaliste Gérard MENATORY)  une femelle gestante ait fui le gîte, abandonnant contrainte et forcée sa portée.

 

         

Michel CHALVET 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 21:22

 

Après l’extinction des grands prédateurs en France (Le lynx a été réintroduit mais reste encore marginal, l’ours dans une situation critique n’existe plus que dans les Pyrénées, et la présence timide du loup n’est dû qu’à l’effort de conservation de pays voisins mais il est bien loin de faire l’unanimité), mais aussi des grands herbivores (Bison, Auroch, Elan), c’est désormais le restant de la faune qui souffre de nos modes de vie, diversement victime de la chasse, du braconnage, du piégeage, de la pollution, du bruit, de l’urbanisation et de la circulation routière, mais surtout victime de notre indifférence.      


Renardeau  Renardeau - Finistère 2010     

 

Les collisions routières :

Selon les chiffres du fonds de garantie, ce ne sont pas moins de 40.000 animaux sauvages qui sont victimes chaque année de collisions routières en France. En 2008, 42.471 accidents avec la faune furent déclarés, ils ne concernent forcément que ceux ayant occasionné des dégâts aux véhicules, donc plus particulièrement des espèces comme le cerf, le chevreuil, le sanglier. Nous sommes par conséquent largement en deçà de la réalité puisque bien d’autres espèces font aussi largement les frais de la circulation routière. Qui n’a jamais vu sur l’asphalte des cadavres de hérissons, fouines, renards, blaireaux, lapins, crapauds, salamandres, couleuvres, chouettes ? La liste est malheureusement bien trop longue. 

fouine - tarn 2010                               Fouine

 

  Si les effectifs de suidés et cervidés se portent généralement bien (les cerfs sont toutefois peu présents dans les Pyrénées atlantiques), tel n’est pas le cas pour les autres espèces en raison du développement des activités humaines, responsables de l’urbanisation du territoire avec notamment la construction de nouvelles voies de circulation qui ont augmenté le trafic routier de 25% depuis 1990.  

                            Hérisson - Tarn 2010                            Hérisson   

   

L’exemple du blaireau : Selon une enquête menée de mai 2006 à mai 2007 par la fédération nationale des chasseurs ce sont 2185 blaireaux qui périrent sur les routes de 786 communes françaises, ce chiffre déjà très impressionnant est probablement loin du compte quand on sait que la France comporte 36.000 communes ; Toutefois je ne me risquerai pas à extrapoler le résultat de l’enquête, les populations de blaireaux devant varier considérablement selon les départements. En effet, on ne peut par exemple comparer les communes de la Lozère à celles de l’Ile de France.

 

Ajoutons les individus prélevés par les chasseurs (selon la même enquête de la FNC : 1.817 blaireaux tués sur 2223 communes), veneurs et lieutenants de louveterie ; le braconnage, la maladie et enfin la mort naturelle (j’exclus la prédation par le renard, le chat forestier et le chien qui doit être exceptionnelle sur quelques blaireautins, ainsi que celle possible dans les très rares endroits fréquentés par de non moins rares grands prédateurs (loups, lynx)), et l’on comprend aisément qu’il faut agir pour que Meles meles, espèce peu prolifique, obtienne un statut le protégeant à part entière, quand bien même l’évaluation de la population de blaireaux en France n’est pas précise, 150.000 individus selon les naturalistes à plus de 200.000 selon les chasseurs. Le nombre de ceux massacrés chaque année volontairement ou accidentellement doit absolument baisser.

Pour Pascal Blain, président de Serre vivante « en Angleterre, où la densité humaine est pourtant jusqu’à 40 fois supérieure à celle de la France, une cohabitation entre l’homme et la faune sauvage est possible : le blaireau y est protégé et ses effectifs sont de l’ordre de 350.000 individus ».

 

La chasse et le piégeage :

A quelques rares exceptions près (la loutre, le hérisson…), en France il est légalement possible de détruire la majeure partie des mammifères selon qu’ils sont classés gibiers ou nuisibles. Décidément nous n’avons vraiment pas peur du ridicule.

Prenons encore une fois le cas du blaireau.

Ce n’est ni un animal dont nous consommons la chair ni une espèce figurant sur la liste des nuisibles, pourtant il peut-être chassable par tir et par vénerie sous terre, même de nuit ou par temps de neige, aux prétextes qu’il occasionne de rares dégâts à des parcelles de maïs, ou qu’il est susceptible de propager une maladie. Tous les prétextes sont bons à l’homme pour s’arroger le droit de vie ou de mort sur l’animal.

Ainsi dernièrement dans le département de la Côte d’or, un arrêté préfectoral ordonna la destruction de blaireaux pour cause de « tuberculose bovine ». Au final ce sont plus de 2.000 individus, vraisemblablement l’ensemble de la population du département qui fut exterminée en l’espace d’un trimestre malgré l’intervention du naturaliste Philippe Charlier qui alerta les associations de protection de la nature. Devant la réaction argumentée quoique tardive des associations, le secrétariat d’Etat chargé de l’écologie fit part au Préfet que « la destruction des blaireaux ne s’imposait qu’à proximité des élevages infectés et non sur des cantons entiers… qu’en ce qui concerne le dépistage dans des zones indemnes, 1.100 blaireaux furent détruits pour n’en traiter que 230 en laboratoire, du reste tous indemnes de la maladie… » Sans pour autant lui ordonner instamment de faire cesser le massacre.

Quant au renard, 200.000 sont piégés chaque année, alors que déjà bien impacté par la chasse et la route.

Les martres, fouines, belettes, rats musqués, étourneaux, pies bavardes, corneilles noires… sont trop souvent affublés (aux grés des arrêtés préfectoraux) du statut injuste et à abolir, de nuisible.

 

 

        Linotte mélodieuse - Lozère 2010     Linotte mélodieuse

 

 

Agir pour en finir :

Il y aura toujours des hommes pour dire que la faune entrave le développement de notre merveilleuse société et de crier haro sur le monde sauvage. Il y aura toujours des menteurs pour dire que le grand cormoran, le héron cendré et la loutre d’Europe, sont les pilleurs des lacs et des rivières ; des imbéciles pour affirmer qu’il y a trop de martres, fouines, renards, blaireaux et chevreuils, fléaux des élevages et des cultures ; des ignorants convaincus que les chouettes, hiboux, corvidés, crapauds et salamandres portent malheur ; encore quelques uns pour voir le diable dans quelques malheureuses vipères et couleuvres, quand ils ne les confondent pas avec un orvet.

Il y a bien sûr le monde de la chasse qui craint de perdre un droit obtenu au sortir de la révolution, garante d’une meilleure qualité de vie à l’époque mais qui aujourd’hui ne se justifie nullement. L’activité cynégétique n’a rien d’une nécessité désormais, elle n’est qu’un loisir, et d’ailleurs comment justifier qu’un loisir puisse tuer ? Même si je conçois qu’en chacun de nous subsiste l’instinct du chasseur (je le ressens souvent et l’assouvis en affûtant, avec le grand privilège de laisser la vie), nous avons aussi une éthique, une morale, une sensibilité, ces leviers sur lesquels prendre appui afin d’élever notre humanisme et atteindre ce que je pense être notre devoir : vivre en harmonie avec l’ensemble des êtres vivants. N’est-ce-pas un but bien plus noble qui donne du sens à la vie ?   

 

Quelques propositions pour limiter l’impact routier :

Recenser les secteurs accidentogènes, généraliser les passages à faunes, installer des panneaux indicateurs et des ralentisseurs, éduquer au respect de la faune lors de la préparation aux examens de conduite, multiplier les centres de soins pour animaux (un par département), en prenant exemple sur ce qui se fait en Grande Bretagne et aux Pays Bas ou dans quelques régions de France qui commencent à prendre le problème au sérieux (lien).   


Crapaud commun crapaud commun - Pyrénées-Atlantiques 2010 

 

 

 

Pour  les espèces classées nuisibles :

Prévenir les dégâts aux cultures en installant des clôtures électriques (efficace sur le blaireau) ; pour les dégâts aux élevages autoriser la destruction d’individus (et non de l’espèce) sur un rayon n’excédant pas 150 mètres des bâtiments concernés et au cas par cas.

Abolir la vénerie, le piégeage, les tirs de nuit comme par temps de neige ;  

 

 

Pour la défense de la faune en général : Rejoindre une association locale de protection de la nature, s’informer, instaurer le débat autour de vous, sensibiliser vos élus, créer un réseau de surveillance, vous mettre en relation avec un centre de soin et proposer vos services de relais.

 

    

 Salamandre salamandre - Pyrénées-Atlantiques 2010

 

 

  Michel CHALVET

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 00:00

 

 

Nul doute que ce livre paru en mars 2010 fera date dans l'histoire de la défense de l'ours en France.

  Couv-presse-copie-1.JPGet "Le pays des forêts sans ours" de Stephan Carbonnaux.

Les éditions IMHO, dirigées par Armand Farrachi, ont publié un dossier sans complaisance, issue d'un collectif d'associations de protection de la nature. Il explique, documents à l'appui, pourquoi ces associations en sont venues à déposer plainte devant la commission européenne contre l'Etat français pour défaut de protection de l'ours dans les Pyrénées.

Le collectif dénonce les manquements de l'Etat durant leurs trente années de combats pour la cause ursine.

 

Une plainte qui résulte du ras le bol associatif et qui ressemble fort à une ultime tentative de sauver l'ours dans les Pyrénées.

 

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Ce dossier est richement et utilement complété par un essai, « le pays des forêts sans ours » de Stephan Carbonnaux, qui porte un regard non moins complaisant sur la situation avec la nuance notable qu'il ne croit pas en l'efficacité d'une condamnation de la France si la défense de l'ours ne s'accompagne pas d'une profonde réforme tant sur la forme que sur le fond.

 

Résultat d'un travail méthodique et scrupuleux, l'essai foisonne d'informations qui alimentent une réflexion rare qui mérite attention.

Tout ici prouve que l'ours est l'otage des luttes de pouvoir et l'objet de réactions passionnelles néfastes.

Entre les pressions, parfois violentes, du monde de l'élevage ; la mauvaise foi et l'irresponsabilité de certains chasseurs ; les manipulations de l'I.P.H.B. (Institution Patrimonial du Haut Béarn) et la volonté bornée des associations de protection de la nature à exiger des réintroductions qui, dans les conditions actuelles, ne font que participer au malheur de l'ours, l'Etat français n'a jamais tranché et préféré laisser pourrir une situation devenue aujourd'hui insoluble.  

 

L'auteur, clairvoyant et surtout bien instruit d'une problématique qu'il étudie depuis longtemps, signe un ouvrage intelligent et nous propose une autre approche où réflexions et engagements désintéressés doivent primer sur l'action et l'esprit clanique, afin de mieux servir l'ours. Il va même plus loin en se demandant si nous sommes capables de vivre en biodiversité totale.


La question est posée, à chacun d'y réfléchir, car le fait est que l’on se contente de ridicules sanctuaires confiés en gestion aux associations naturalistes : une tourbière par ci et une prairie à orchidée par là ;  des parcs et des réserves où la grande faune évolue en semi liberté ; de grands rapaces aux ailes décolorées et d’ours GPS. Est-ce ainsi que doit être notre rapport à l'animal ? Est-ce là la raison d'être des protecteurs de la nature ? Est-ce ainsi que l'humanité compte évoluer ?

 

 Vivre en biodiversité totale n'est pas utopique, comme le prouve par ailleurs l'anthropologue Joao Galhano Pedro Alves qui a étudié les rapports entre les sociétés rurales et leur environnement, au sein duquel évoluent grands herbivores et grands carnivores. 

 Bien sur, cela exige de notre part une remise en cause importante de notre rapport au monde sauvage sans quoi nous ne ferons encore et toujours que le cadrer, le domestiquer, ou pire, l'asservir.   

  

 La problématique ours, médiatisée à outrance, est l'un des exemples les plus frappants de notre incapacité à vivre avec ce qui nous entoure.

 

Assurément, l'ours ne peut souffrir d'exister sous liberté surveillée, ni l'homme de s'affranchir d'un monde qui l'accompagne depuis le premier jour.

 

 

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 20:03
4063526561_855112a7d3.jpgTexte également publié sur le site de l'Alliance écologiste indépendante (Michel Chalvet)

Des décisions prises au grenelle de l'environnement sont remise en cause, l'Etat français ne tien pas ses engagements nationaux ni ses obligations au niveau européen en matière de protection de la biodiversité, c'est pourquoi plusieurs plaintes ont été déposées auprès du conseil de l'Europe (pour le grand hamster d'Alsace, l'ours brun...) par des associations de protections de la nature contre la France.

 

 

2010 est déclarée année de la biodiversité, non seulement nous n'en voyons pas les effets mais cela est restrictif car la nature doit bénéficier d'un cdi.

Il est du devoir des hommes de maintenir la diversité animale sur la planète, la France ni coupe pas, la Région non plus, chacun de nous pas d'avantage.

 

L'ours brun ursus arctos au même titre que toutes les espèces Pyrénéennes doit vivre sauvage et libre dans ce massif.

 

Ce ne sera donc possible qu'avec « l'accord » de l'espèce humaine, celle-ci doit par conséquent accepter de changer profondément sa vision du monde sauvage, qu'il soit animal ou végétal, et restreindre la pression qu'elle exerce en permanence sur l'ensemble du vivant.


Dans les Pyrénées l'émotion a prit le pas sur la raison, certains l'entretiennent, ce qui a eu pour conséquence de vouer à l'échec toutes les actions favorables à l'ours.


Pour parvenir à inverser la tendance (émotion/raison) il importe d'analyser les erreurs commises par le passé. Tout d'abord force est de constater que depuis quelques années la question ursine c'est bien souvent faite sans que les Pyrénéens n'y soient préparés ; y être invité est une chose, y être préparé en est une autre.

 

Pourtant, hormis quelques farouches opposants, minoritaires, devant lesquels il ne faut pas céder sans quoi il n'y aura plus jamais d'ours, mais aussi de vautours et autres beautés du règne animal, le plus grand nombre n'est pas un farouche opposant à l'animal sauvage, même quand il s'agit de l'ours. Cependant la préoccupation majeure est ailleurs (emploi), et c'est aussi cela qui génère de l'indifférence quand il est question de l'avenir ursin.

 

Oui l'homme et l'ours peuvent vivre côte à côte !

 

L'Ours est la victime de l'indifférence mais surtout des différents entre pro et anti et cela n'est pas acceptable, d'un côté on le pourchasse, on lui offre du miel au verre pilé, on lui tire dessus, on utilise les médias pour le diaboliser, on dit « non » sans plus de réflexion... de l'autre on le puce, on lui donne un nom, on le réintroduit à grands bruits médiatiques, on accepte sa recapture s'il ne se tien pas sage, on dit « oui » sans plus de réflexion, et on se déchire, on se dispute, on s'accuse. L'émotion je vous dit !

 

Le bon sens nous échappe, l'ours mérite tout simplement de vivre tranquille et libre, comme les hommes, sans le récupérer à des fins égocentrique, médiatique, politique.

 

Pour obtenir un avenir paisible aux ours dans les Pyrénées il faut une volonté quasi unanime de tous les partis, et cette volonté naitra quand la sérénité reviendra.

 

Il convient donc de renouer le contact, dans la paix. Il y a bien trop de tension depuis plusieurs année autour de cette question pour pouvoir agir efficacement,

 

Jusqu'à présent la question ursine a été bien trop discuté sur un plan politique alors qu'il convient de l'aborder aussi par les aspects naturalistes, culturels et philosophiques.

 

Il est bien sur faux de croire que l'ours est coupable de la situation de détresse dans laquelle sont certains éleveurs et bergers, il pourrait ne plus y avoir d'ours dans les Pyrénées que les problèmes de l'élevage perdurerait. il importe donc de persévérer contre la mauvaise foi qui joue sur les émotions.

 

Il est bien sur faux de dire que l'ours n'est pas accepté mais plus juste de souligner qu'il ne l'est plus, la nuance est importante.

Ce qui faisait le quotidien de nos aïeux est devenu exceptionnel, pourtant il était tout à fait commun de rencontrer l'ours en piémont, dans les vergers, près des maisons, comme c'est encore le cas dans les Asturies et les Balkans.

 

Ce qui est un fait ailleurs peut le redevenir chez nous.

 

Nous pouvons y parvenir, voici quelques pistes à explorer :

 

-renouer un vrai contact humain entre pro et anti ours (pro et anti étant toutefois des termes réducteurs), basé sur l'échange, l'écoute et l'entraide,

-aider au maintien des emplois dans les vallées,

-comprendre pourquoi l'ours est rejeté,

-aider à son acceptation,

-éduquer à la nature,

-envisager d'autres modes de chasse que les battues, trop stressante pour la faune et qui ont occasionnés des rencontres imprévus entre ours et chasseurs. Ces incidents ont mis en péril l'avenir de l'ours dans les Pyrénées.

 

Le premier travail est donc de rencontrer les pyrénéens, quasiment au quotidien, en instaurant une relation de confiance par l'intermédiaire de référents résidant dans les mêmes communes, au plus près des préoccupations de chacun.

 

C'est en étant partie intégrante de la vie sociale des valléens que les défenseurs de l'ours légitimeront leurs actions, et sur la durée que s'établira un projet ursin ambitieux a réaliser avec le soutien des habitants de la montagne et ses vallées.

 

L'ours n'appartient à personne, mais son avenir dans le massif nous concerne tous.

 

Nous devrons oeuvrer ensemble pour son retour, en réduisant notre interventionnisme aux maximum : relâcher des ours dans des milieux tranquilles et rien de plus. Puce, balise, nom, sont en trop. Quant on les utilise c'est que le terrain n'est pas prêt pour accueillir « lou Moussu ».

 

  Proposition pour la sauvegarde de l'ours :

 

- acquérir du foncier destiné à devenir des réserves naturelles intégrales,

- envisager la création d'une équipe « naturaliste d'études, d'informations et de surveillances » dont la compétence serait principalement sur les RNI,

- obtenir la fermeture des pistes carrossables dans et à proximités des zones vitales pour l'ours, aux périodes adéquates (périodes sensibles de reproduction et de pré hibernation),

- recenser les passages à grandes faunes sur les axes routiers pour y établir des ralentisseurs et des panneaux incitant l'automobiliste à la prudence,

- soutenir les APN en passant des partenariats de sauvegarde avec elle,

- promouvoir l'éducation à l'environnement et à la nature dans les écoles et collèges

- publier un livret semestriel gratuit « Aquitaine sauvage » à l'attention des habitants de la région et valorisant le patrimoine naturel,

- réfléchir à une réintroduction dans le respect de l'animal,

- intervenir auprès de l'Etat pour favoriser les réintroductions d'ours et notamment de femelles en Béarn, en allégeant au maximum la procédure (puçe, radio...)

- informer de la normalité d'une présence d'ours en piémont,

   

Il faut à la fois répondre à l'avenir de l'ours (sauvegarde) et à l'avenir des hommes (emploi) en axant les initiatives sur la valorisation de la nature :

 

- mettre sur les rails la réouverture de la ligne Pau / Laruns, à l'image du projet Pau / Canfranc en Aspe, « Une voie ferrée pour les habitants de la vallée aux ours » (Ossau).

- envisager la création d'un lycée BTS gestion protection de la nature, en Aspe,

- envisager la création d'un musée de l'ours et des ossalois en Ossau,

- créer un label touristique « favorable à la faune sauvage d'Aquitaine » exigeant, décerné par un jury comportant des représentants de la région et des associations de protections de la nature (à l'attention des gites, communes, éleveurs...),

-créer un partenariat triangulaire entre les régions Asturies, Balkans et Pyrénées instaurant un échange des savoirs faire et engageant des transactions commerciales, touristiques et naturalistes...

 

Il y a bien des défis à relever en ce 21ème siècle, vivre en harmonie avec la nature est l'un des plus beau et des plus impérieux.

 

Michel CHALVET : candidat sur la liste de l'Alliance Ecologiste Indépendante des Pyrénées-Atlantiques, aux régionales de mars 2010.

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 12:26


Avis :Sur le même sujet, vous trouverez dans la rubrique "Actualité" de ce blog, le courrier adressé par le collectif du 31 octobre 2009 à Madame la Ministre Jouanno.






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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 21:18

A plusieurs reprises j’ai essayé de savoir combien il y a d’ours bruns (Ursus arctos) et d’ours bruns d’Europe (Ursus arctos arctos) en captivité en France. Impossible d’obtenir la réponse, rien sur la toile électronique, que ce soit sur les sites des associations de protection de la nature, que ce soit sur le site du MEEDDAT (quelle horreur ce sigle), ou que ce soit directement sur les sites des parcs animaliers et zoos. Ces derniers devraient pourtant me semble-t-il recenser en ligne leur “cheptel”. Il y a là un manque qui n’est pas dû au hasard.

Si je souhaite connaître ce chiffre, c’est afin de le comparer avec le nombre d’ours vivant en liberté en France et montrer telle une évidence combien l’animal sauvage est peu considéré dans notre société anthropocentriste. Les chiffres seraient probablement éloquents.

Rien que pour les Pyrénées il y a au moins autant d’ours enfermés que d’ours en liberté, soit une quinzaine. Alors imaginez en recensant les ours présents sur l’ensemble des parcs et zoos au niveau national. 

A défaut de vous communiquer le nombre d’ours derrière les barreaux, voici celui des espaces zoologiques français, il se chiffre à 925. Il faudra fêter les 1.000 dites moi ! Allez, je ne vais pas faire mon ours mal léché et j'accepte de relativiser ce nombre, puisqu’il inclut des jardins abritant uniquement des mammifères domestiques, les classiques cygnes et paons et quelques conservatoires d’abeilles, mais il n'en reste pas moins révélateur de notre propension à encager la nature. En comparaison il n’y a que 7 parcs nationaux. Pourquoi en ce début de 21ème siècle continuons nous d’accepter cela ?

Et c’est là que je veux en venir, on préfère sauvegarder l’animal sauvage en l'enfermant derrière des barreaux ou dans des fosses, plutôt que le maintenir libre dans son milieux naturel. C'est pour le moins paradoxal.

Je lis et j’entends que les parcs animaliers ne sont plus des zoos où l’animal vit emprisonné dans une cage de 5 mètres sur 5. Certes il y a eu des progrès, mais jusqu’à preuve du contraire la semi liberté n’est pas la liberté, et les cirques existent encore eux.

Autre argument en vogue : "le but d'un zoo n'est pas de tenir des animaux, mais d'assurer le futur des espèces".

 

Ours au PAL (parc attraction et animalier) juillet 2009.












De quel futur des espèces parle-t-on ? Si c’est celui de les revoir à court ou moyen terme libres et sauvages sur la grande terre sacrée suite à des programmes de réintroductions, pourquoi pas, à contrario si c’est pour les maintenir à notre disposition afin d’assurer le spectacle ou un jour recréer l’arche de Noé grâce à la génétique car tout aura disparu, ce n’est alors plus du tout altruiste!

 

Certes il y a parmi les directeurs de parcs animaliers des gens sincères qui oeuvrent pour un retour du bestiaire européen à l'état sauvage, mais il y a tout à craindre de la grande force d'inertie des politiques et des lobbies. Pour eux, tant que les animaux sont en semi liberté tout va bien, ça fait marcher le tourisme, on joue sur l’image de l’ours, du loup, du bison, mais se projeter au delà non.

 

Malheureusement ces parcs servent malgré eux un système pervers au service de l’économie qui nous fait croire que la sauvegarde des espèces passe par là, alors que c’est un pis aller.

La propagande visant à présenter les écozoos et autres parcs comme les garants de la sauvegarde des espèces n’a d’autre but que de nous faire accepter leur disparition à l’état naturel, et par conséquent y contribuer.



Pumas au PAL (juillet 2009)


En dehors de la réintroduction quand celle-ci s'avère indispensable, la seule solution digne, humaniste, efficace, est d’agir en amont et non en aval. C'est à dire se donner les moyens de maintenir les espèces à l’état sauvage dans leurs milieux naturels tout aussi sauvages. 

Dans le sillage des parcs avec leurs animations de rapaces, perroquets ou autres otaries, se sont engouffrés les communes et leurs festivals d’été qui présentent des spectacles avec montreurs d’ours ou exhibition de loups. 

L'animal sauvage ne doit pas être une distraction ni vivre en captivité. Il doit bénéficier d'un statut qui le protège intégralement, en ce sens je préconise que l'on déclare "les droits des animaux" au même titre qu'il existe "les droits de l'homme". 

Il est inconcevable d’imaginer le grand bestiaire de la planète condamné à la prison à perpétuité. Il n’est pas plus concevable de trouver une raison valable à cela.

Chaque fois qu’une espèce disparaît ou perd sa liberté, l’homme s’installe un peu plus dans la grande prison de la solitude.

Michel CHALVET

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