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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 21:44

Après une semaine de travail, de pression, de stress, de fatigue accumulés dans ce milieu artificialisé et bruyant qu’est la cité, le corps comme l’esprit réclament une mise au vert bien “naturelle” et nous répondons à cet appel.

Quel plaisir plus pacifique et ressourçant que la contemplation de la nature ? L’arpenter humblement, avec discrétion, dans le respect du tout. S’y mouvoir en paix, et s’y émouvoir des parfums, des tons changeant, des rencontres furtives, des ambiances.

Tout avait bien commencé lors de cette promenade dominicale du 25 septembre 2011 dans la montagne noire, au dessus de Mazamet (Tarn). Nous avons laissé le véhicule sur la route goudronnée et emprunté la piste forestière à pas lents. Le soleil pointait ses premiers rayons à travers les branches de la hêtraie et nous caressait le visage, tout était calme, nous ne parlions pas, Samy le chien à nos côté, la marche était méditative.

Au bout d’un kilomètre un moteur se fit entendre, il ne tarda pas à se porter à notre hauteur, c’était un 4x4 avec à son bord un homme d’une cinquantaine d’année. L’homme baissa sa vitre et je m’approchai de lui, comme il se devait. Il m’alerta qu’une battue allait commencer et nous invita à la prudence, nous acquiesçâmes tout en l’invitant à en faire de même. Notre « conseilleur » ajouta que le secteur était privé et qu’en l’occurrence nous devrions posséder une autorisation de circuler ; mais de panneau indiquant son affirmation nous n’en avions pas vu trace ; il poursuivi en arguant qu’il payait pour pouvoir chasser sur cette propriété et qu’à ce titre nous devions faire demi-tour. Nous lui répondîmes que nous prenions nos responsabilités, qu’aucun panneau indiquant une propriété privée ou une battue n’étaient visibles et que par conséquent nous allions poursuivre notre chemin, sans quitter la piste, par prudence. Alors il s’emporta en criant que « nous lui cassions les c……s » et qu’il allait immédiatement prévenir le garde de notre présence pour nous verbaliser.

Nous poursuivîmes notre promenade pendant 500 mètres, bien sur nous n’étions plus en état d’apprécier ce pourquoi nous étions venus. Evidemment nous ne nous taisions plus mais ressassions le comportement impulsif de cet homme et notre désarroi devant la situation, qui, il faut malheureusement le constater, n’était pas une première pour nous.

Finalement, nous fîmes demi-tour. Sur le chemin du retour nous croisâmes des chasseurs en poste tout le long du chemin, dans leurs habits fluo, le fusil à portée de main. En bout de piste un panneau posé au sol indiquait « battue en cours, soyez prudent », mais aucun qu’il s’agissait d’une propriété privée.

Quand bien même il serait agit d’une propriété privée, à ma connaissance le code rural ne réprime pas l'intrusion pédestre, même pancartée. Seule l'intrusion dans le domicile : maisons et jardins, est interdite.

 

Quoi qu’il en soit, comme nous le soupçonnions notre homme avait bluffé et cherché à nous imposer sa volonté. Pour assouvir sa passion le chasseur ment, menace et fait régner un climat de terreur.

 

Le samedi suivant (1er octobre) dans la forêt domaniale de la Grésigne (Tarn), forêt que je connais depuis 25 ans et dans laquelle je me rends régulièrement pour le raire.

Cette année j'y suis avec un ami naturalise et nos fils respectifs (7 et 12 ans).

A 17h nous laissons la voiture sur une route goudronnée en lisière et entrons dans la forêt pour nous rendre sur mon point d'écoute et d'observation préféré (30 mn de marche). Nous y parvenons et nous nous installons sur un mirador créé depuis quelques années. J'ai connu ce site sans mirador.

La soirée s’annonce sous de bon hospices avec l’observation de deux cerfs, et le brâme de 4 individus distincts aux alentours, quand deux hommes armés de fusils à lunette passent. Le premier me fait un signe de la main signifiant "Non ! Descendez !". Ce que je fais pour comprendre ce que souhaite cet homme. Nous échangeons, distant d’une dizaine de mètres. Il m’informe que « nous n’avons rien à faire ici" et nous demande « de repartir ». Interloqué, je lui demande des explications, il me répond qu'il est garde ONF (il a une tenue camouflage mais aucun insigne apparent), qu'il chasse à l'approche pour effectuer un tir sélectif, que notre présence dérange et fait fuir les animaux, qu'il est interdit de se promener en forêt domaniale en cette période car c'est dangereux. Enfin, il affirme et maintien que tout ceci est indiqué sur des panneaux aux entrées de la forêt. Je rétorque que je viens ici depuis 15 ans, au brame dans cette forêt ou en Barousse (Pyrénées), et que nous sommes évidemment discrets dans notre écoute.

Jamais auparavant un garde ne m'avait fait ce genre de remarque, bien au contraire ils m’ont toujours incité à ouvrir l’œil et les avertir en cas de comportement douteux de certaines personnes.

L’homme qui se prétend garde ONF insiste en disant qu'il va me verbaliser si je ne m'exécute pas et que le mirador est interdit d’accès, qu'il l'a lui-même installé il y a 15 ans et qu’en cas d’accident (chute de l’un de nous) il sera responsable. Je conteste la période d’'installation du mirador que je sais bien plus récente. Devant ma certitude il est moins affirmatif et opte pour une création remontant à environ 10 ans. En fait il ne sait pas trop, et son comportement stupide et autoritaire est désolant et peu flatteur pour un policier de la nature. Ses propos agressifs ne ressemblent en rien à ceux d’un agent ONF ou ONCFS.

Je décide de calmer le jeu en m'approchant et lui tendant la main J'argumente avec l'aspect pédagogique pour les enfants, et sur le fait qu’il est moins dérangeant pour la faune et en l’occurrence les cerfs, d’affuter depuis le haut du mirador qu'à son pied...

Il m'ordonne de ne pas remonter sur le mirador. Nous acceptons pour ne pas envenimer le débat mais nous restons sur le site. 

Il me demande de quitter les lieux sous peine de procès verbal. 

Devant sa menace de me verbaliser je lui réponds que je m'exécuterai s'il me prouve sa fonction et mon infraction. En tant que membre d’associations naturalistes je rencontre régulièrement et connais plusieurs agents des services de la nature (Parc nationaux, ONF, ONCFS) et le comportement de cet homme me semble démesuré, voire anormal pour un représentant de l’Etat.

Sur ce, il me demande mon nom et d'où je viens, honnête je lui donne ces renseignements. Il veut aussi savoir où je suis stationné, de la même manière je n’ai rien à caché et je lui dis.

A mon tour j'obtiens son nom (de mémoire : M. Rigaud, garde ONF), et il m'invite à lui rendre visite à la maison forestière de la « grande barraque » en forêt de Grésigne dès le lendemain. Ce que je ne ferais pas car nous avions un autre programme de prévu.

Ils sont repartis et nous avons fait une heure sur place puis avons décidé de remonter doucement vers la voiture pour éviter toutes nouvelles rencontres avec ces mêmes personnes. En remontant j'ai effectivement vu un 4X4 blanc de l’ONF (Nissan ou Mitsubishi) garer sur la piste à 300 mètres du mirador.

Postés en forêt au dessus du véhicule, nous entendons nos deux chasseurs revenir au véhicule à 20h15 (à la nuit) et repartir, effectivement vers la maison forestière de « la grande barraque ». 

Mis à part ces deux hommes nous n'avons vu personne d'autres et pu profiter quand même un peu de l'ambiance (une dizaine de cerfs au raire et des chouettes hulottes). Mais habituellement je reste bien plus tard. Cette fois à 21h30 c'était plié. Mon ami était étonné que de tels comportements puissent exister entre passionnés de la forêt et de ses hôtes ; mon fils, après avoir eu peur reste dans l’incompréhension, et nous tous très déçus par les hommes mais non par la nature, qui elle, ce soir là, nous offrit une belle soirée.

 

Cependant, je suis convaincu que mes deux expériences ne sont pas des cas isolés et je crois qu'un jour ou l'autre cela finira mal entre les contemplatifs pacifiques de la nature et les exploiteurs armés de cette même nature.

Il est temps que le législateur prenne conscience du problème. Les chasseurs ne sont pas majoritaires, cette affirmation trop souvent entendu est fausse.

Comment peut-on au 21ème siècle accepter que des coups de feu soit tiré dans la nature le dimanche ? Comment la chasse qui n’est plus une nécessité peut-elle encore imposer sa loi aux personnes qui désirent contempler, se promener, méditer ?

Comment peut-on accepter que le cerf soit chassé à l’approche en période de rut, et à courre ensuite (du 15/9 au 31/3 en Grésigne), sans jamais avoir le moindre répit ? Il importe de savoir que le rut dure un mois, que les cerfs se nourrissent peu, dorment peu, et sortent épuisés et affaibli de cette période.

Tout ceci est motivé par le besoin de dominer la nature (tuer) et faire du commerce (remplir les congélateurs).

Je sais qu'aujourd’hui on ne peut opposer la philosophie à la législation, toutefois j’en termine en laissant à vos réflexions ces remarques issues de mes deux mésaventures :

 

-Entre un couple qui marche calmement sur une piste avec chien en laisse et un groupe d'hommes armés, en 4X4 sur les pistes et une meute de chiens hurlante qui court sous les futaies, je vois de suite qui dérange le moins et qui doit être prudent. Et vous ?

 

-Le brame idem : entre un observateur statique et celui qui se déplace avec fusil à lunette : Les uns viennent écouter la vie, les autres la "sélectionner".  

 

-Je suppose que l'agent ONF accompagnaît un "client" faire un beau trophée, n’y aurait-il pas mélange entre loisir et travail de la part de ce garde ?

 

Pour rappel :

Un agent qui interpelle doit être revêtus de son uniforme et des signes distinctifs de la fonction (écusson, plaque, etc). Une personne en civil n'a pas à demander une identité.

Les agents ont un ton ferme mais poli et cite le cadre réglementaire sur place si besoin est.

Sauf réglementation locale spécifique, rien n'interdit non plus d'observer le brame depuis un mirador, eut-il été construit pour la pratique de la chasse.

L'usurpation d'identité et de fonction, est un délit du code pénal.

 

Michel CHALVET

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 00:22

Nous y sommes, la fin de l’ours dans les Pyrénées Occidentales est acté, du moins le croit-on.

 

Les associations vont monter au créneau une fois de plus, une fois de plus pour rien et les opposants se feront des gorges chaudes de la décision ministérielle, c’est Jean qui rit et Gens qui pleurent, mais au fond nous y perdons tous aujourd’hui, dans l’immédiat ; tous sauf peut-être l’ours, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

 

En effet, la réintroduction d’UNE ourse aurait-elle permis de maintenir l’espèce dans cette partie du massif ? On peut en douter. Une seule femelle, non désirée par les éleveurs et les chasseurs, cela fait deux raisons suffisantes pour convaincre toutes personnes honnêtes que l’on était en présence d’une vrai fausse solution.

 

Et de s’interroger encore : La décision de ne pas relâché une ourse est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Vis à vis des deux mâles qui restent c’est évidemment une mauvaise nouvelle, mais pour celle qui devait être “l’heureuse élue”, l’émigrer de force dans le contexte actuel était faire peu cas de l’animal, de l’individu qu’est cet animal, unique comme tout être vivant. En effet, sa venue aurait satisfait notre désir de savoir des ours ici présent, mais les opposants n’auraient pas manqué de lui faire la fête : harcèlements, poisons voire pièges, tirs, et son voyage de noce de se clore par une mutilation, un accident ou une mort prématuré. Vous parlez d’un cadeau de mariage !

 

 A l’hypothèse douteuse (à laquelle j’ai voulu croire, je l’avoue), qu’une femelle et deux mâles suffiraient à créer une dynamique susceptible d’entrer naturellement en contact dans le futur avec la faible population ursine située en Pyrénées centrales, il fallait inclure « avec l’assentiment des hommes ». Or, tel n’est malheureusement pas le cas en ce 21ème siècle qui prétend s’ouvrir des plus belles intentions envers la biodiversité. Intentions auxquelles manquent les actions à la mesure de ce que doit être LA biodiversité, c'est-à-dire LA VIE dans tout son foisonnement et sa sauvagerie, sa splendeur et son mystère.

 

Et de s'intérroger enfin sur la façon dont nous avons oeuvrer auprès de nos contemporains pour défendre Artza : Pédagogies, littératures, aides financières, aides matérielles, actions en justice. Le panel était large, tout y est passé semble t-il, sans réussite. Hormis en Pyrénées centrales où l'acceptation semble meilleure sans pour autant faire l'unanimité. 

 

Où avons nous péché ? Est-ce dans la manière ? Est-ce l'époque, la conjoncture, qui n'ont pas été propices ? Est-ce la multiplicité (la dispersion) des actions qui a nui ? Est-ce plus profond ? Existe t-il seulement une solution ?

 

Nonobstant, le résultat est là, affligeant, un constat d'échec qui impose une analyse.  

 

Avec la récente décision de l’Etat français, négative et anti nature, nous atteignons le seuil critique, pourtant elle peut avoir pour effet, non escompté, de servir l'ours.

 

Cherchons le positif d’une telle décision et portons le au delà du combat en faveur d'une espèce, aussi emblématique soit-elle.

 

Se restreindre à la défense de quelques espèces n'est-il pas une erreur ? Ne doit-on pas voir plus globalement ? Inclure l'homme et la place positive qui doit être la sienne au sein du règne animal ? Cela mérite réflexion je crois. S'arcbouter autour de quelques espèces "parapluie" est trop réducteur, coupe automatiquement des liens, morcelle notre raisonnement et demande une gestion humaine trop interventionniste. C'est une explosion de vies qu'il faut, en tout sens, et non de sanctuaires bien délimités qui ne feront guère longtemp illusion.     

 

Oui, nous les hommes, sommes individuellement et collectivement responsables de ne plus savoir vivre avec les autres êtres vivants. Puisse la situation dans laquelle nous avons mené l’ours des Pyrénées, faire rejaillir du plus lointain de notre histoire, du plus profond de notre mémoire, notre lien filial à la terre, notre rapport fraternel avec la nature.

 

Souvenons-nous, l'homme a tout d'abord déchu l'ours, notre premier Roi, notre premier Dieu, pour ensuite le pourchasser. Insidieusement, sur la durée, cela à modifier nos mentalités jusqu'à considérer normal l'exclusion du sauvage dans notre quotidien. Nous nous sommes isolés.    

 

Catastrophes technologiques, démographie humaine, manipulation du vivant… Nous avons mis en doute nos sens, perdu l’intuition, refoulé notre part de naturalité, dénigré l’héritage de nos lointains ancêtres et fermé nos cœurs et nos âmes au profit d’un monde artificialisé, égoïste et destructeur. Tel que l’homme pense et agit aujourd’hui l’ours des Pyrénées ne pouvait finalement être sauvé. Il faut se rendre à l’évidence, nous avons échoué, tous ensemble. Il est temps de revoir notre copie, d'aborder la défense de l'ours différement, dans un ensemble cohérent.   

 

A l’approche du néant, doit poindre l’éveil des consciences.

 

Ursus est mort et nous aussi un peu, mais il renaitra, l’Homme à ses côtés, ensembles, libres, dans toute leur dignité.

 

Michel CHALVET

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 06:46

 

Vous trouverez ci-dessous une invitation de Stephan CARBONNAUX et Alain SENNEPIN, rejoints par diverses personnes, à fêter la Chandelours le 2 février 2011, où que vous soyez, où bon vous semble, en famille ou entre amis.

Le complément indispensable à la présente page se trouve sur le site "Nature sauvage et civilisation".

En effet, n’ayant pas dans l’immédiat la possibilité technique d’intégrer le texte et les photos joliment mis en page par les soins de Marie COQUET, dont vous pourrez apprécier le goût du travail bien fait, je vous invite chaleureusement à découvrir l'appel à fêter "la Chandelours" en visitant le site " Nature sauvage et civilisation " link

 Michel CHALVET

 

 

Fêtons la Chandelours le 2 février 2011

Cette vieille fête européenne de l’ours, qui est aussi pour nous l’occasion de penser au sort de la grande faune eurasienne et des rapports riches et harmonieux que les communautés humaines pourraient entretenir avec elle.


Cet appel a été traduit en six langues (anglais, russe, espagnol, portugais, euskara (basque), allemand).

Il a été signé par quelques personnes, connues ou pas, qui dans leur diversité représentent une partie de nos sociétés modernes. Il s’agit d’une première initiative sur un terrain culturel que nous jugeons primordial pour notre avenir. Nous organiserons des manifestations d’une ampleur plus vaste en 2012. Après le bouclage du document, de nouvelles personnalités nous ayant fait savoir leur volonté de s’associer à cette initiative (c’est le cas notamment de Patrice Longour, Docteur Vétérinaire Directeur de la Réserve des Monts d'Azur. www.haut-thorenc.com, et il va y en avoir d’autres), une liste complémentaire de signataires sera publiée bientôt.
 
 Nous vous remercions de diffuser largement cet appel.

Bonne Chandelours !

Stéphan Carbonnaux et Alain Sennepin (France).


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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 23:42

 

Une approche anthropologique et comparative internationale

 

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Une merveilleuse étude très fouillée où l'auteur, Joao Pedro Galhano Alves, démontre que les grands herbivores et les grands carnivores sont essentiels pour l'équilibre et la productivité des écosystèmes, et la cohéxistence entre les sociétés humaines et ces espèces possible. Autrement dit, il est possible de vivre en biodiversité totale.

 

 

 

A lire impérativement (cliquer sur Link).

 

link

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 23:31

Au moment où certains traquent la servitude volontaire partout où elle se développe : au travail, en politique comme à la maison, il n’est peut être pas inutile de rappeler que de grands ancêtres les ont précédés dans ce domaine, en prenant leurs exemples, non seulement  dans l’Antiquité, mais aussi, tout simplement, dans la nature, autre sujet actuel, devenu crucial dans nos sociétés en crises.


L’un d’eux n’est autre que le Sarladais Etienne de La Boëtie, nommé conseiller du roi de France en son parlement de Bordeaux en 1553, superficiellement connu pour son amitié incomparable avec Michel de Montaigne, mais, surtout, auteur d’un explosif « Discours de la servitude volontaire » (1), d’une actualité extraordinaire, tenu dans la semi clandestinité pendant plus de 450 ans et, probablement, premier manifeste  véritablement écologiste.


Redécouvrir les idées des grands humanistes du XVI° siècle n’a pas fini de nous étonner, si l’on veut bien admettre que les graines qu’ils ont semées n’ont pas encore toutes fini de germer aujourd’hui !

 

La Boëtie explique dans son Discours que les exemples de la nature ne doivent pas être quittés des yeux sous peine de tout pervertir et de placer le plus grand nombre sous la tyrannie de quelques uns voire d’un seul. Pour lui, les bêtes nous crient de respecter la nature si nous voulons garder notre liberté : « Plusieurs d’entre elles meurent sitôt qu’elles sont prisonnières et se laissent mourir pour ne point survivre à leur liberté naturelle. D’autres, lorsqu’on les prend, font une si grande résistance des ongles, des cornes, des pieds et du bec qu’elles démontrent assez, par là, quel prix elles attachent au bien qu’on leur ravit.. »


Il faut se replonger dans le monde de cruauté qui entoure La Boëtie quand il note que : « Les bœufs gémissent sous le joug et les oiseaux meurent en cage.. ». Rien dans son environnement ne peut expliquer la vision qu’il a de la servitude animale si ce n’est sa volonté formidable de nous dire que si l’homme « né pour être libre » n’est pas capable de réclamer sa liberté avec au moins autant de force que les bêtes, c’est qu’il s’est dénaturé !


Son Discours multiplie les paraboles explicites telles que celle de l’éléphant : « Que signifie l’action de l’éléphant qui, s’étant défendu jusqu’à la dernière extrémité, sur le point d’être pris, heurte ses défenses et les casse contre l’arbre, sinon, qu’inspiré par le grand désir d’être libre, il conçoit l’idée de marchander avec les chasseurs, de voir si, pour le prix des défenses, il pourrait se délivrer, et si, son ivoire laissé pour rançon, rachètera sa liberté ».

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 Avec la parabole du cheval, La Boëtie nous fait comprendre le processus qui conduit à la servitude volontaire : « C’est ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d’abord mordent leur frein et puis après s’en jouent ; qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent d’eux-mêmes sous le brillant harnais et, tout fiers, se rengorgent et se pavanent sous l’armure qui les couvre. Ils disent qu’ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont ainsi vécu. Ils pensent qu’il sont tenus d’endurer le mors, se persuadent par des exemples et consolident eux-mêmes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent ».


 Il enfonce le clou en prenant aussi les plantes pour exemple : « Les semences de bien ne se conservent pas mieux, s’abâtardissent aussi facilement et même dégénèrent comme il arrivent à ces arbres qui, ayant tous leur espèce propre, la conservent tant qu’on les laisse venir tout naturellement mais qui la perdent pour porter des fruits tout à fait différents dés qu’on les a greffés… Les herbes ont aussi chacune leur propriété, leur naturel, leur singularité mais cependant la main du jardinier détériore leur qualité.. »


 Il nous parle du respect de la nature et de ses composantes essentielles. N’est-ce pas là des sujets qui sont devenus d’actualité et qui, à terme, conditionnent notre vie sur cette planète ?


 Et comment pourrions-nous vouloir sauvegarder la qualité de l’air, de la terre, de l’eau et de la biodiversité sans sauvegarder, comme nous y engage La Boëtie, la qualité de l’homme lui-même ? A quoi servirait d’améliorer notre cadre de vie et notre environnement sans chercher aussi à développer des relations harmonieuses entre les hommes au lieu de voir se développer les mauvaises semences du sectarisme, du dogmatisme, de l’esprit de caste et de la violence qui portent atteinte à notre liberté naturelle ?

 

 Note : (1) Les extraits sont tirés du livre « La Boëtie et son Discours »  Ed. Périgord Culture, 9 rue Montaigne 24200 SARLAT

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 22:44
4337862482_002c19d082.jpgL'animal et l'éthique

L’espèce humaine qui croît et se multiplie sans frein et en toute bonne conscience, s’avère infernale pour l’animal et toxique pour la Nature, dénommée
aussi biodiversité.

Par commodité, par habitudes ancestrales, par cupidité et paresse intellectuelle et morale, par sadisme, l’homme contemporain ne parvient guère à s’émanciper de la conception absurde de l’animal machine, l’animal chose, l’animal marchandise, l’animal défouloir des pulsions de mort.  

Le Droit, sous-produit de la morale et de l’état des connaissances d’une société, reconnaît timidement le caractère sensible de l’animal soit dans des lois, comme en France le 10 juillet 1976, soit dans des constitutions et des traités internationaux.

Néanmoins, le droit positif français perdure à considérer l’animal comme un bien meuble, un objet fut-il mobile par lui-même. Le principe étant posé du caractère sensible des animaux, les législateurs s’empressent d’assortir les normes juridiques d’innombrables dérogations aboutissant à nier le principe.  

Ainsi, en France, si les actes de cruauté sont prohibés sous peine de sanctions correctionnelles, les « courses de taureaux et combats de coqs » sont admis dans les localités pâtissant d’une tradition non encore interrompue.
L’animal de compagnie ou tenu captif est sauvegardé en tant qu’être sensible, mais l’animal sauvage subit les  tirs, les piégeages, les enfumages de terriers, comme si un renard souffrait moins qu’un chien.  

Le moindre groupuscule de pressions de l’arriération morale obtient d’un législateur docile et méprisant pour le peuple, des dérogations négationnistes du caractère sensible de l’animal.  

Le principe n’est affirmé que pour rendre l’hommage du vice à la vertu. En apparence, la condition animale s’améliore.

Nombre de contemporains, frustrés de nature et de vie sauvage, partagent leurs logements avec chiens ou chats, tissant avec ces compagnons des liens affectifs de grande qualité. 
Notre époque ne supporterait plus les mauvais traitements qu’infligeaient naguère les cochers aux chevaux dans les rues des villes, mauvais traitements qui heurtant la sensibilité publique amenèrent les premières lois de protection des animaux (loi GRAMONT 1850).
 

Mais, inversement, l’élevage industriel, cupide et âpre à l’instar de la société marchande, réduit l’animal à une réification absolue.
 

Des groupes de pressions interdisent toute évolution des législations concrètes, soit au nom des traditions, soit au nom du profit.
 

Ce monde demeure un enfer pour les animaux, révélateurs par leurs martyrs de deux grandes tares de l’animal humain : la cupidité et le sadisme.
 


-la cupidité explique l’élevage concentrationaire où volailles, porcs et bovins subissent des conditions de vie immondes. C’est ici la course au profit, à la production maximisée qui se révèle dans toute son horreur.  

-le sadisme explique les loisirs et jeux dans lesquels les animaux servent de victimes expiatoires, tels la chasse et la tauromachie.  

Nul ne peut ignorer cependant l’unité profonde du vivant.
 Les similitudes anatomo-physiologiques observables dès les siècles passés se trouvent confortées par les analyses génétiques contemporaines.

Penser que l’humain est d’essence différente des autres formes de vies relèvent de l’obscurantisme, de la déraison, du mythe, d’un ridicule orgueil.
 L’humain n’est que l’animal doté des meilleures capacités cognitives, au même titre que d’autres espèces s’illustrent par leurs performances à la course, au vol, à la nage, au sens de l’orientation. 


Existent, pour tout paramètre de performance physique ou psychique, des différences de degrés pas de nature. 

Fonder la supériorité ontologique de l’humain sur les autres espèces sur ses capacités reviendrait à générer des discriminations entre les humains eux-mêmes en fonction desdites capacités fort disparates.

Dès lors que l’enfant en bas-âge, le vieillard sénile, le débile profond ne possèdent  pas ces capacités qui font le propre de l’homme, faut-il leur dénier tout droit, toute dignité ? Faute d’un critère tenant aux aptitudes, il pourrait être répliqué qu’un humain demeure un humain quel que soit son état mental. La dignité tiendrait alors à l’appartenance à une espèce. Dans ce cas, pourquoi ne pas fonder des discriminations sur la race, le sexe ou tout autre facteur de classification ? En éthique, le spécisme n’a pas davantage de fondement que le racisme. Il n’est qu’un préjugé sans assise. 
 

Tout animal perçoit la souffrance comme le bien-être au moyen d’un système nerveux présentant dans ses localisations et ses modes de fonctionnements neuronaux de grandes similitudes. Comment, dès lors, accepter que ces êtres sensibles, tellement semblables, soient réduits au rang des marchandises, simples produits de l’industrie de la viande ou soient soumis à la torture pour faire jouir des foules malsaines au nom de pseudo-traditions qui, si elles en étaient, justifieraient par ce seul fait d’être abolies, puisque la civilisation n’existe que par le jeu de l’abandon des traditions.

L’homme utilise l’animal pour accroître ses connaissances via les expérimentations multipliées à l’infini et génératrices de souffrances atroces, le réduit à de simples produits dans les élevages concentrationnaires et le confond avec un jouet à la chasse, mort-loisir ou à la corrida, mort-spectacle. Le chasseur et le tortionnaire de taureaux n’éprouveraient pas la même jouissance sans l’effroi, la peur, la douleur qu’ils occasionnent, sans le sang qui ruisselle.


Poursuivre un leurre à la chasse à courre, affronter une machine d’acier ne leur occasionneraient aucun plaisir puisque le plaisir réside dans la souffrance et la mort provoquées à une victime vivante, sensible, acculée.

Il n’y a rien là que des évidences que nul ne peut réfuter.


Les lobbies et les tastes mort préfèrent dès lors fuir le débat, discréditer ceux qui osent parler haut, fort et clair. 

Les défenseurs des animaux sont dépeints par les médias abreuvés de propagande contre nature, en marginaux, associaux, souvent terroristes.
 « Ils en  font trop pour les bêtes et pas assez pour les hommes malheureux eux aussi ». « Telle espèce prolifère et menace le bien public. Les pigeons propagent des maladies, ainsi que le renard, vecteur de rage et d’échinococcose ».   Grossiers mensonges qui ne cachent qu’une rage : celle de tuer. Les pigeons ne propagent pas de maladies et l’échinococcose tue infiniment moins d’humains que la chasse.


Piètre propagande, car la chasse loisir, la corrida, l’élevage concentrationnaire ne soulagent en rien les misères humaines.  

Oui, la Nature menace gravement l’homme mais de nos jours, uniquement par sa mort provoquée.


Oui, les animaux non-humains menacent l’homme mais uniquement en ce qu’ils lui servent d’entraînements à l’instinct de violence. Celui qui apprend à égorger la bête, égorgera sans frémir son ennemi du jour et celui qui joue de l’arme à feu contre la faune en usera aisément contre autrui. Culturellement, il y a des façons de tuer que des sociétés humaines appliquent tant aux animaux qu’à leurs adversaires humains. Ce ne sont  point des   « arts de vivre » mais des arts de tuer, des accoutumances au meurtre.  


L’agressivité des lobbies contre Nature à l’encontre des écologistes protecteurs des animaux répond à une évolution fondamentale de la protection animale. Depuis le milieu du 19ème siècle, cette protection, bénéficiant surtout  aux chevaux, aux chiens et  chats, s’apparentait à une charité apitoyée, à des œuvres de bienfaisances dont les diverses SPA furent les actrices.

Désormais, la pensée philosophique et politique s’empare du sujet.
Les divers Fronts de Libération animale par le monde ne mendient plus la charité pour les autres espèces mais en appellent à la justice.

Naguère, en protégeant l’animal de compagnie, le législateur préservait davantage la sensibilité humaine face aux actes de cruauté, que l’animal lui-même. La contestation contemporaine des actes de cruautés et de maltraitances se fait au nom de l’éthique et va à la racine des maux que l’humain, en cours d’hominisation, inflige au vivant.

Des écoles de pensées multiples proposent
une rupture avec un anthropocentrisme absurde, l’espèce humaine n’étant en rien figée et étant appelée à subir, comme toutes les formes de vies, une évolution inéluctable.  


La compassion, à l’instar de son antipode, le mépris de la vie, ne se divisent pas.
 


Le plus fondamental défi éthique du temps gît dans ce combat pour un changement radical du rapport de l’humain avec l’être sensible non humain et avec la Nature.
 

Les lobbies pourront-ils longtemps encore escamoter le débat sous l’invective et les accusations farfelues.


L’opinion publique prend conscience, trop lentement sans doute mais inexorablement, de l’ampleur du crime que l’espèce commet à l’encontre du vivant.  

La chape de silence, l’altération des données du débat n’opéreront pas toujours et il apparaîtra aussi évident aux humains de demain qu’il fallait abolir la chasse, la corrida, les actes de cruauté et de mépris envers l’animal, comme apparut hier l’injustice de l’esclavage.
 

Spécisme, racisme, sexisme obéissent à la même perversion de l’intelligence, à savoir, la négation de l’autre.  

Faut-il reconnaître des droits à l’animal non humain ?
 
L’animal non-humain ne revendique aucun autre droit que celui de vivre dans le respect de ses exigences physiologiques.

La supériorité cognitive de l’homme lui confère en revanche un devoir envers les autres formes de vies.   Puisque l’humain est devenu omniprésent sur la planète et omnipotent par sa technique, il doit se muer en protecteur bienveillant, empathique, attentif à respecter le vivant qui lui est désormais confié.  

Ce devoir éthique implique une modification des relations des êtres entre eux, au sein de l’espèce humaine.  

Malgré les belles intentions affichées par l’ensemble des idéologies d’antan, l’homme fut au cours de son histoire bien pire qu’un loup pour l’homme, car cette comparaison serait insultante pour les loups. Il fut le plus grand tueur d’hommes et aujourd’hui encore, le plus exploiteur de ses semblables.


C’est que les vieilles idéologies préconisaient la concurrence, la compétition, la domination, la conquête, au lieu de promouvoir la solidarité, la générosité, le souci d’autrui. En cela, la révolution écologiste est prometteuse pour l’homme d’une société moins cruelle, moins âpre, une société où la qualité de la vie prévaut sur l’accaparement et la dilapidation de tout. 

Ces vieilles idéologies théocentristes et anthropocentristes plaçèrent longtemps la planète terre au centre de l’univers et l’homme au centre du grand tout. 

Or, il n’y a pas de centre, ni la terre, ni l’humain n’intéressent l’univers.

La seule certitude est que la vie existe ici et maintenant et qu’elle vaut bien la peine d’être défendue, aimée, protégée tant dans sa diversité que dans les individus qui la composent.

Il n’y a pas d’opposition entre l’humain et le non-humain mais un besoin de réconciliation et d’élargissement du cercle de l’empathie. Cet élargissement n’est jamais que la constante de la civilisation. Il y eut la famille, le clan, la tribu, la cité, la nation, la race, puis l’humanité entière. Le temps est venu d’intégrer la biosphère dans le champ de l’empathie et de la reconnaissance.


Tel est le sens de notre combat d’idées et de valeurs.  

        

 

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